Message du directeur exécutif de la CAFOR, Lawalley Cole, pour mars 2019

Alors que nous célébrons la Journée internationale de la femme aujourd’hui, le 8 mars 2019, nous réfléchissons aux nombreux problèmes qui touchent plus de la moitié de l’humanité – le sexe féminin. Le thème de cette année pour la célébration de la Journée internationale de la femme de l’Union africaine (UA) est «Pensez égaux, construisez intelligemment, innovez pour apporter des changements en vue de solutions durables aux déplacements forcés en Afrique». L’élaboration de ce thème s’inspire du thème de l’Union africaine pour l’année 2019, à savoir: « Année des réfugiés, des rapatriés et des personnes déplacées dans leur propre pays: vers des solutions durables aux déplacements forcés en Afrique »

 

À la CAFOR, nous parlons de la situation critique des femmes depuis un certain temps alors que nous analysons les problèmes associés aux jeunes sur le continent africain. Nous nous rendons compte de l’important écart entre les sexes qui a persisté alors que les jeunes femmes ayant tendance à se marier tôt, à se retirer du marché du travail et à se consacrer à l’élevage. Nous savons également que dans la plupart des pays, les femmes africaines ne bénéficient pas des mêmes opportunités économiques, sociales et politiques que les hommes. En matière d’éducation, les femmes perdent leur travail et leur santé. Encore moins de filles que de garçons vont à l’école et terminent le cycle d’apprentissage. Dans certaines régions, les femmes gagnent moins que les hommes pour un travail rémunéré, et des pratiques néfastes telles que le mariage des enfants et la violence sexuelle et physique nuisent à la santé et au développement de la femme.

 

Il y a quatre ans, j’écrivais cet article sur «Investir dans l’éducation des femmes en Afrique» et, bien qu’il y ait eu certains progrès à partir de cette époque, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. J’aimerais partager cet article à l’occasion de cette journée internationale de la femme. Cet article ainsi que d’autres se trouvent dans mon livre intitulé: « Education pour le développement africaine » via ce lien : https://www.amazon.co.uk/Education-African-Development-Lawalley-Cole/dp/620226277X

 

Au vu de la littérature historique de base, chacun devrait connaître les dirigeantes qui ont marqué l’Afrique – reines, pharaonnes et impératrices. Hatshepsout était une pharaonne (souveraine) égyptienne, l’une des très rares femmes à détenir ce titre. Cléopâtre était la dernière pharaonne égyptienne et la dernière de la dynastie des Ptolémée de souverains égyptiens. Alors qu’elle s’efforçait de maintenir sa dynastie au pouvoir, elle a établi des liens célèbres (ou infâmes) avec les dirigeants romains Jules César et Marc Antoine. En Éthiopie, la reine légendaire Eyleuka (Dalukah) d’Éthiopie a régné vers 4530-3240 av. J.C., avant le déluge, tandis que la reine légendaire Nehasset Nais d’Éthiopie a régné vers 2585-2145 av. J.C., après le déluge. D’autres régions d’Afrique ont été dirigées par des femmes. Citons à titre d’exemple la reine Nyilak d’Alur (Ouganda, 1365-90), la reine Sukda de Mandara (Cameroun, vers 1500), Iye Oba Idia d’Uselu (Nigéria, 1507 – ?), et la reine Rafohy de Hova/Imerina (Madagascar, 1530-40). La liste est longue et inclut de nombreuses dirigeantes qui ont contribué au développement humain, à la paix et à la stabilité de leurs communautés et des entités qu’elles ont dirigées.

Le tableau est différent aujourd’hui, car la tradition évolue et les temps changent. Dans l’Afrique contemporaine qui compte 55 états indépendants, il n’y en a que deux qui sont actuellement dirigés par des femmes. Parmi elles, la présidente Ellen Johnson Sirleaf du Libéria est la seule et la première à avoir été élue à la plus haute fonction de son pays par une élection générale et un vote populaire. L’autre femme chef d’État est Catherine Samba-Panza de la République centrafricaine. Citons en outre le Rwanda qui a un pourcentage incroyable de 64 pour cent de femmes élues comme député au parlement. L’Afrique a utilisé à bon escient les quotas pour les femmes au parlement. Les chefs d’État ont élu à la présidence de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, qui est une femme.

La disparité entre les sexes reste importante. Récemment, en 2012, une analyse globale approfondie de l’égalité entre les sexes a montré que les femmes d’Afrique subsaharienne étaient confrontées au niveau de discrimination le plus élevé du monde. Elles continuent de rencontrer des difficultés majeures en matière d’inégalité. Il peut s’agir de questions d’ordre personnel comme la violence domestique, les droits maritaux, les droits de succession et les mutilations génitales féminines (MGF).

Il s’agit également de questions d’ordre public comme le manque d’accès à l’éducation, en particulier l’enseignement supérieur, les soins médicaux, l’espace public et le pouvoir politique. L’Afrique se classe aux derniers rangs de l’indice d’égalité entre les sexes. Elle a le nombre le plus élevé de violences domestiques et toujours le nombre le plus important de MGF et autres traditions néfastes.

Au niveau international, l’éducation est restée la clé pour amener des changements positifs en faveur de l’amélioration de la plus grande moitié de l’humanité. Le meilleur moyen d’autonomiser les femmes – particulièrement en Afrique – est d’investir dans leur éducation. C’est un fait bien établi que les pays qui font la promotion de l’éducation des filles, et en particulier dans l’enseignement secondaire et la formation, ont généralement des taux plus élevés d’emploi, des salaires plus élevés et des taux plus bas de mortalité maternelle et infantile. Une meilleure santé, de meilleurs emplois et de meilleures entreprises sont des objectifs qui seront tous plus faciles à atteindre si l’on donne la priorité à la scolarisation et à l’instruction des filles.

Quinze ans après l’indépendance de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’Assemblée générale des Nations unies (N.U.) a proclamé 1975 Année internationale de la femme. La même année, l’Assemblée générale des N.U. a organisé la première Conférence mondiale sur les femmes à Mexico. À l’issue de cette conférence, les N.U. ont élargi la reconnaissance de l’Année internationale de la femme en déclarant 1976-1985 Décennie des N.U. pour la femme. Ce facteur a mis en lumière la nécessité des droits des femmes et a affirmé l’engagement des N.U. en faveur de l’égalité. Les N.U. ont aussi créé le Fonds de contributions volontaires pour la Décennie des N.U. pour
la femme, devenu UNIFEM, pour poursuivre le travail sur la promotion des femmes.

La Conférence mondiale sur l’égalité, le développement et la paix, organisée à Copenhague en juillet 1980, a identifié trois sphères d’intervention, en matière d’accès à l’éducation, aux opportunités d’emploi et aux services de soins médicaux appropriés. En 1985, Nairobi a accueilli la Conférence mondiale chargée d’examiner et d’évaluer les résultats de la Décennie. Cette conférence a reconnu que l’égalité des sexes était une question qui englobait tous les domaines de l’activité humaine. Elle a aussi identifié de nouvelles méthodes pour surmonter les obstacles, afin de réaliser les objectifs de la Décennie. Citons notamment les mesures constitutionnelles et légales, l’égalité en matière de participation sociale et l’égalité en matière de participation politique et de processus de prise de décision. La quatrième conférence sur les femmes organisée à Pékin en 1995 est allée plus loin que la conférence de Nairobi. Le Programme d’action de Pékin a affirmé que les droits des femmes faisaient partie intégrante des droits de l’homme et s’est engagé en faveur d’actions spécifiques pour garantir le respect de
ces droits.

À l’issue de la Déclaration du millénaire du Sommet du Millénaire de septembre 2000, les questions relatives au genre ont été intégrées à de nombreux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) fixés ultérieurement. Elles étaient explicites dans l’Objectif 3 (« Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ») et l’Objectif 5 (« Réduire de trois quarts le taux de mortalité maternelle »). Le 2 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations unies a voté à l’unanimité en faveur de la création d’une instance unique chargée d’accélérer les progrès pour réaliser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. La nouvelle entité des N.U. pour l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes – ou Femmes ONU – a fusionné quatre organismes et bureaux dans le monde. Femmes ONU est devenue opérationnelle le 1er janvier 2011.

Dans le cas de l’Afrique, la Banque africaine de développement a démontré qu’aucune nation ne peut stimuler sa croissance économique sans autonomiser ses femmes. Selon la Banque « c’est comme essayer de réussir dans un monde de plus en plus compétitif avec un bras attaché dans le dos ». Tant la Banque mondiale que la Banque africaine de développement ont essayé à plusieurs reprises au cours des trois dernières décennies de prouver aux Africains et aux autres que les investissements réalisés dans l’éducation des filles et des femmes ne profitent pas seulement aux femmes elles-mêmes, mais aussi à leur famille et leur communauté. En effet, les données empiriques ont montré qu’une femme instruite affectera plus de ressources à la nutrition la santé et l’éducation de ses enfants qu’un homme. Il est désormais de notoriété publique que les mères instruites sont plus susceptibles d’instruire leurs enfants – et ceci peut avoir un effet d’entraînement sur des générations. La Banque africaine de développement dit qu’instruire une femme constitue une bonne stratégie commerciale. Plus une femme est instruite, plus elle est susceptible d’être plus productive dans son travail – et, on l’espère de créer sa propre entreprise. Un bon niveau d’instruction augmente les chances que les femmes entrepreneures feront la transition de jeunes entreprises à des entreprises établies.

Alors que nous achevons les objectifs de millénaire pour le développement et attendons les nouveaux objectifs du développement durable, le consensus international doit être le suivant : investir dans l’éducation des femmes doit être la priorité absolue de tous les pays et un des objectifs de l’agenda du développement post-2015. Ceci doit inclure des mesures pour évaluer les progrès accomplis, et ce dans le cadre de responsabilisation qui est proposé pour le continent. La dynamique en vue de l’amélioration
de la quantité et de la qualité des données ne cesse de
croître.

SHARE